BLOCS#23 □ Bonjour, nous sommes le mercredi 15 mai et voici le vingt-troisième épisode de votre condensé d’actualité utile sur le commerce international. Suivez-nous également sur LinkedIn.
LE VENT DE LA CAMPAGNE □ BLOCS s’associe à 100% Europe, une émission politique interactive conçue par Canalchat Grandialogue et animée par notre cofondateur Mathieu Solal, avec l’objectif de remettre l’UE au coeur des élections européennes de juin prochain. Revivez en intégralité les cinq premiers numéros et suivez l’actualité de l’émission sur LinkedIn et Twitter.
Super-bloc
Le septième sommet “Choose France” qui s’est tenu ce lundi a débouché sur 15 millards d’euros de promesses d’investissements étrangers. Un chiffre record, qui devrait conforter la place de leader européen de l’attractivité économique qu’occupe l’Hexagone depuis cinq ans. Malgré ces résultats prometteurs, le libre-échange, qui pourrait être vu comme un moyen d’assurer des débouchés, fait au contraire l’objet d’une défiance plus forte que jamais. Pour y voir plus clair, BLOCS vous propose cette semaine un entretien avec Elvire Fabry, chercheuse senior à l’Institut Jacques Delors, en charge de la géopolitique du commerce
Manifestations d'agriculteurs à Paris, le 27 avril 2010. © Croquant, Wikimedia Commons
BLOCS: Comment expliquer le vent de défiance à l’égard du libre-échange qui semble souffler sur le continent, à quelques encablures des élections européennes ?
ELVIRE FABRY: Il faut distinguer la défiance de l’opinion publique et l’inquiétude des entreprises par rapport à un contexte international plus risqué.
Le bilan mitigé du nombre d’accords signés par la Commission von der Leyen par rapport à la Commission Junker, semble signaler plus de réticence des pays tiers et une dynamique d’ouverture des marchés qui s’enraye alors que les partis modérés se sont peu investis dans l’explication des bénéfices du commerce et du nouvel enjeu sécuritaire des accords dans un contexte de tensions géopolitiques.
La montée des partis populistes tenants d’un discours protectionniste, sans véritable vision économique, a été encore encouragée par les mesures unilatérales de certains États membres contre les produits agricoles ukrainiens, ce qui a créé un précédent dangereux pour l’intégrité de l’Union douanière si les États s’accordent des exemptions « à la carte ».
Par ailleurs, il y a l’accent mis sur la multiplication des initiatives règlementaires unilatérales, comme le règlement contre la déforestation importée, le devoir de vigilance, ou encore l’élimination des produits issus du travail forcé. Le coût très lourd pour les entreprises des obligations de mise en conformité attise l’argument d’une concurrence déloyale des pays tiers.
À cela s’ajoutent les mesures de de-risking qui s’imposent aux entreprises face aux incertitudes géopolitiques qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement, dans le contexte de la guerre commerciale sino-américaine.
Il est assez logique que le débat se recentre sur le marché unique, qui offre un cadre plus stable, avec des propositions pour le rendre plus attractif en facilitant l’investissement privé et la baisse de la charge administrative des entreprises.
La défiance paraît particulièrement générale en France, entre rejet du CETA au Sénat et refus de s’engager dans l’accord avec le Mercosur. Quelles sont les racines profondes de cette attitude ?
La France a un problème structurel : son déficit commercial lié à sa désindustrialisation, qui n’a pas pu être compensé par une mise en valeur de ses atouts, comme par exemple le secteur des services, dont les exportations continuent de souffrir de barrières non-tarifaires.
S’y ajoute un facteur culturel et identitaire spécifique : la défense d’un particularisme agricole français marqué par un attachement à des exploitations familiales, qui limite la compétitivité du secteur. À noter aussi, un attachement à l’alimentation française dont la forte charge identitaire reste liée à un certain modèle de production.
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