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Déficit commercial : c'est grave, docteur ?

Focus sur le commerce français, mais aussi le Nouvel an en Chine, la dégringolade de Maersk, le projet de sanctions de l'UE contre des entreprises chinoises

BLOCS
6 min ⋅ 14/02/2024

BLOCS#11 Bonjour, nous sommes le mercredi 14 février et voici le onzième épisode de votre condensé d’actualité utile sur le commerce international. Suivez-nous également sur LinkedIn.


Super-bloc

Bien qu’en repli par rapport à 2022, le déficit commercial français reste abyssal, selon les statistiques de la balance des biens en 2023, dévoilées mercredi dernier par le service des douanes. Un état de fait préoccupant, mais dont la gravité pour la vitalité économique de l’Hexagone mérite d’être nuancée. Explications.

Emmanuel Macron et Bruno Le Maire posent avec Thomas Caulfield, le Directeur général de GlobalFoundries sur le site de la méga-usine créée avec STMicroelectronics, juillet 2022. ©️ Instagram Bruno Le MaireEmmanuel Macron et Bruno Le Maire posent avec Thomas Caulfield, le Directeur général de GlobalFoundries sur le site de la méga-usine créée avec STMicroelectronics, juillet 2022. ©️ Instagram Bruno Le Maire

MOMENT DÉLICIEUX □ La publication des chiffres annuels du commerce de biens est un rendez-vous attendu de pied ferme par les apôtres du déclin français.

Aux côtés de la dette et du déficit publics, la balance commerciale tricolore, en déficit depuis plus de 20 ans, fait en effet figure d’argument-massue pour ceux qui voient l’Hexagone comme une terre en décrépitude perpétuelle.

Être en déficit commercial n’est pourtant pas nécessairement mauvais pour une économie. Dans la doctrine économique, les partisans du libre-échange voient ainsi un échange commercial comme profitable par définition, non seulement à celui qui vend, mais aussi à celui qui achète, et les termes même de déficit ou d’excédent en la matière seraient par conséquent inappropriés.

Cette vision libérale a toutefois été mise à mal successivement par la guerre protectionniste entre les États-Unis et la Chine, les pénuries engendrées par la pandémie de Covid-19 et la prise de conscience du danger des dépendances énergétiques avec l’invasion russe en Ukraine. De quoi faire de la réindustrialisation du pays un mantra gouvernemental, et de la publication des chiffres de la balance commerciale un moment délicieux pour les pessimistes.

La batterie de statistiques de l’année 2023, dévoilée mercredi dernier par les douanes française, n’a pas fait exception, et ce, en dépit d’une nette réduction de ce déficit, repassé légèrement sous la barre des 100 milliards d’euros après un record historique à 163 milliards en 2022.

De fait, cette réduction impressionnante est avant tout liée à la baisse des prix de l’énergie par rapport à la crise de 2022, ainsi qu’au rétablissement d’une partie de la production du parc nucléaire français, qui a permis à la France de redevenir exportatrice nette d’énergie. En 2023, le solde énergétique a ainsi gagné 46,6 milliards d’euros. 

Autre explication de la baisse du déficit: l’augmentation de 22,8 milliards d’euros du solde des produits manufacturés, ce qui semble surtout traduire un retour à la normale, après la forte demande post-covid sur les importations de biens intermédiaires.

SOMBRE TABLEAU □ En dehors de ces améliorations conjoncturelles, peu de bonnes nouvelles à se mettre sous la dent. La part de la France dans les exportations mondiales reste toujours inférieure à celle de 2019. Et même si les chiffres de la balance des services, qui ne sont pas encore disponibles, devraient conduire à éclaircir le tableau, la France restera, et de loin, le pays ayant le déficit commercial le plus important de la zone euro.

« La trajectoire des parts de marché à l'exportation de biens et services de la France est la plus défavorable parmi les grandes économies de la zone euro sur les deux dernières décennies », enfonce Olivier Redoules, directeur des Etudes de l’institut Rexecode, dans une récente note.

« La compétitivité-prix des produits français reste affaiblie et la compétitivité hors-prix insuffisante malgré une qualité reconnue », note en outre le chercheur. En cause notamment, le coût du travail, qui s’élève à 43,30 euros en France contre 36 euros en moyenne dans la zone euro.

Partant, les exportations françaises reposent principalement sur des secteurs à forte valeur ajoutée, comme l’aéronautique ou les cosmétiques, qui ont encore joué un rôle moteur en 2023.

Au contraire, l’automobile, bien que toujours en excédent, a beaucoup souffert en 2023. Les importations dans ce secteur ont augmenté de 11,5 %, et les deux tiers de cette hausse s’expliquent par des achats de voitures électriques et hybrides, en provenance d’Allemagne et de Chine.

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BLOCS

Par Mathieu Solal

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