L'Europe, victime collatérale de l'escalade en mer Rouge □ Mais aussi - Devoir de vigilance, Contrôles britanniques, Agriculture ukrainienne
BLOCS#10 □ Bonjour, nous sommes le mercredi 7 février et voici le dixième épisode de votre condensé d’actualité utile sur le commerce international. Suivez-nous également sur LinkedIn.
La tension entre les rebelles houthis et les forces aériennes anglo-américaines n’en finit plus de monter, laissant craindre une paralysie longue du canal de Suez. De ses ports méditerranéens à son secteur de l’automobile en passant par celui du textile, l’Europe subit déjà les conséquences de ce conflit et a de quoi s’inquiéter pour le moyen-terme.
Terminal à conteneurs à Hambourg. ©️ Dominik Lückmann sur Unsplash
PORTS EN BALANCE □ Oeil pour oeil. Les rebelles houthis ont juré, dimanche, de riposter après les frappes des États-Unis et du Royaume-Uni menées la veille contre 36 cibles au Yémen. Une escalade sur fond de conflit israélo-palestinien (BLOCS#4) qui laisse craindre une perturbation prolongée du commerce international.
La route de la mer Rouge joue en effet un rôle crucial dans le commerce maritime mondial, voyant passer près de 15 % du volume total des échanges de marchandises. Son importance pour l'Europe est indéniable, avec environ 40 % du commerce entre le Vieux Continent et l'Asie transitant d’ordinaire par le canal de Suez.
Plus en mesure d’assurer la sécurité de leurs équipages, les principaux acteurs mondiaux du transport maritime, tels que le danois Maersk, l'allemand Hapag-Lloyd, l'italo-suisse MSC, et plus récemment le français CMA CGM, ont décidé de contourner le détroit de Bab el-Mandeb qui donne accès à la mer Rouge.
Ils optent désormais pour le Cap de Bonne-Espérance au large de l'Afrique du Sud, un détour rallongeant les trajets de près de 13 000 kilomètres et une dizaine de jours.
En seulement deux mois, le volume de marchandises transitant par le canal a ainsi chuté de 42 %, d’après les données de l’ONU. Le coût du fret a en outre été multiplié par deux.
Première victime de cette chute, les ports méditerranéens. Celui du Pirée, en Grèce, racheté par l’entreprise chinoise Cosco en 2016, et dont l’activité pèse pour une part significative dans le PIB de la République hellénique, a ainsi vu ces derniers mois son activité diminuer de 30%.
De son côté, l’Italie, qui exporte à 54 % par la mer, enregistre des pertes considérables, estimées à 8,8 milliards d'euros depuis novembre 2023, touchant tant les exportations que l'approvisionnement en produits manufacturés.
Les dégâts sont aussi importants au grand port de Marseille-Fos, où pilotes et dockers ont dû faire face à une importante baisse d’activité en janvier. Pour ne rien arranger, la CGT a appelé à un arrêt total des activités du port pour trois jours à compter de ce mercredi, dans le but, notamment, de protester contre la réforme des retraites.
REBOND DE L’INFLATION □ Les perspectives à moyen-terme sont encore plus alarmantes pour les ports méditerranéens, en cas de persistance des troubles en mer Rouge.
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