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BLOCS#4 □ Bonjour, nous sommes le mercredi 20 décembre et voici le quatrième épisode de votre condensé d’actualité utile sur le commerce international. Suivez-nous également sur Twitter et LinkedIn.
Apeurés par la multiplication d’actions violentes du groupe rebelle yéménite visant des bateaux commerciaux en mer Rouge, les principaux armateurs ont décidé ces derniers jours de suspendre le transit dans cette zone stratégique. Une perturbation majeure, bien partie pour durer, et déjà lourde de conséquences sur le commerce international.
PASSAGERS CLANDESTINS □ « Prosperity Guardian » : ainsi a été baptisée la coalition navale internationale de 10 pays mise en place lundi par les États-Unis, dans le but de contrer les Houthis du Yemen qui multiplient depuis des semaines les actions violentes visant des navires commerciaux en mer Rouge (BLOCS#3). Un choix de nom qui a quelque chose d’ironique, au vu des conditions de la naissance de cette coalition.
Il aura en effet fallu des semaines de tractations et, surtout, des décisions en cascades de tous les grands armateurs et pétroliers de suspendre le trafic maritime commercial dans la zone, pour que « Prosperity Guardian » soit enfin mise sur pied. Sans pour autant que l’étendue de sa mission et ses moyens soient précisés pour l’heure.
Participent à cette coalition le Royaume-Uni, Bahreïn, le Canada, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne et les Seychelles, la France et donc les États-Unis. Une composition quasi-uniquement occidentale qui confirme les difficultés de Washington à arrimer la Chine et les Etats du monde arabo-musulman, à son action.
Ces Etats, qui compteraient pourtant parmi les principales victimes d’une paralysie longue du détroit de Bab-el-Mandeb, le bras de mer de 27 kilomètres qui sépare le Yémen et Djibouti et par lequel transite 12% du commerce international, préfèrent pour l’heure adopter la stratégie du passager clandestin.
Ce choix s’explique notamment par le discours martelé par les Houthis, lesquels affirment agir pour « soutenir les droits des Palestiniens » - et peu importe si les navires qu’ils attaquent ne sont pour la plupart pas liés, même de loin, à Israël. S’engager contre les Houthis, qui s’en prennent aussi sporadiquement à Israël en lui envoyant des missiles, reviendrait ainsi, dans l’esprit de Pékin, de Ryad ou du Caire, à soutenir implicitement Tel Aviv.
AMBITION HOUTHIE □ D’où cette coalition bancale, qui ne semble pas vraiment effrayer les rebelles chiites soutenus par l’Iran. Toute partie cherchant à étendre le conflit « doit assumer les conséquences de ses actes » a ainsi répliqué mardi le porte-parole de l’organisation, Mohammad Abdulsalam, dans un communiqué diffusé sur X.
« Les Houthis se sentent en confiance et sont de plus en plus ambitieux, explique le politologue canadien Thomas Juneau, dans un entretien accordé à RFI. Ils sont la puissance dominante de facto au Yémen. Ils ont gagné la guerre civile sur le plan militaire et ils contrôlent la capitale, Sanaa, et ils veulent maintenant se transformer en puissance régionale ».
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