Mais aussi - Échec UE-Mercosur, Sécheresse sur le canal de Panama, Commerce vert
BLOCS#2 □ Bonjour, nous sommes le mercredi 6 décembre et voici le deuxième épisode de votre condensé d’actualité utile sur le commerce international. Suivez-nous également sur Twitter et LinkedIn.
Au milieu de la guerre commerciale sino-américaine, le Vieux Continent affirme son non-alignement sur Washington, tout en luttant contre la concurrence déloyale de la Chine et en réduisant ses dépendances stratégiques. Les leaders de l’UE se déplacent jeudi et vendredi à Pékin avec l’ambition de continuer d’avancer sur ce chemin de crête.
Ursula von der Leyen et Xi Jinping à Pékin, en avril dernier. © Dati Bendo, European Union, 2023
EN BANDE ORGANISÉE □ Les trois dirigeants principaux de l’Union européenne s’envolent ce mercredi vers Pékin pour un sommet bilatéral prévu jeudi et vendredi. Un voyage au cours duquel la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le Président du Conseil européen, Charles Michel, et le Haut Représentant aux affaires étrangères, Josep Borrell, tenteront de démontrer l’unité, la fermeté, mais aussi la volonté de dialogue de l’UE avec son « rival systémique » chinois.
La visite en grande pompe des responsables bruxellois fait suite, de surcroît, à de nombreux déplacements de commissaires européens sur place ces derniers mois, ainsi qu’au voyage d’Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron dans la capitale chinoise en avril dernier. De quoi confirmer la volonté européenne de maintenir plus qu’un contact avec Pékin, au grand dam de Washington. Les Etats-Unis aimeraient en effet que l’UE se positionne plus nettement de leur côté dans la guerre commerciale dans laquelle ils sont engagés face à la Chine depuis 2018.
Dernier épisode de ce conflit : vendredi, le Trésor américain a annoncé qu'à partir du mois prochain, les véhicules électriques fabriqués aux États-Unis et comprenant des composants de batterie fabriqués en Chine ne pourront plus bénéficier des subventions prévues dans l’Inflation Reduction Act, d'un montant total de 369 milliards de dollars. Une annonce agressive dont le timing pourrait ne pas être anodin, à quelques jours du sommet Chine-UE.
Peu désireuse de se ranger derrière l’Oncle Sam, notamment du fait de l’imprévisibilité de sa situation politique intérieure, l’UE persiste dans son non-alignement. Un positionnement qui semble porter ses fruits, au moins sur le front de l’agression russe en Ukraine, comme l’expliquait un diplomate européen en début de semaine.
« Nous avons bien sûr vu des exportations de biens de la Chine vers la Russie avec un potentiel double-usage civil et militaire, reconnaissait-il. Toutefois, parmi les biens considérés comme de haute priorité, nous avons constaté un déclin de ces exportations, ce qui est positif ».
DE-RISKING □ L’UE n’adopte pas pour autant une approche naïve face à Pékin. Échaudés par le mutisme de la Chine autour de la naissance de la pandémie de Covid-19, son déni face à la situation au Xinjiang et ses manœuvres autoritaires et agressives à Hong Kong et Taïwan, mais aussi son attitude acrimonieuse à l’égard de la Lituanie ou encore de certains eurodéputés, les Européens ne se méprennent pas sur leur hôte de la fin de semaine.
Dans ce contexte, ce voyage officiel apparaît bien moins comme une tentative de rapprochement diplomatique que comme un vecteur potentiel de progrès vers des règles de concurrence plus équitables pour les entreprises européennes en Chine et de rééquilibrage commercial entre l’UE et son premier partenaire.
En 2022, bien que les flux commerciaux entre l'UE et la Chine aient apparemment maintenu une stabilité, atteignant un volume de 860 milliards d'euros, l’UE a enregistré un déficit commercial record de 396 milliards d'euros vis-à-vis de la Chine.
Cette asymétrie persistante entre importations et exportations accroît les craintes d'une dépendance économique croissante de l'UE à l'égard de la Chine, alimentée par une concurrence perçue comme déloyale par les Européens. Ceux-ci organisent néanmoins leur riposte depuis maintenant plusieurs années, avec un mot d’ordre : l’atténuation des risques (« de-risking »).
« L’UE ne cherche pas un découplage économique vis-à-vis de la Chine mais bien à éviter des dépendances excessives dans les chaines de valeur qui remettraient en cause notre sécurité économique, notamment en ce qui concerne les matières premières critiques », explique un second diplomate européen.
Sous la houlette du commissaire au Marché intérieur Thierry Breton, Bruxelles a ainsi impulsé une réflexion sur les dépendances stratégiques de l’UE et la manière de les pallier. Un des enjeux du sommet de la fin de semaine pour l’Europe sera de faire comprendre à la Chine la nuance entre la voie du « de-risking » qu’elle a choisie et celle du découplage vers laquelle se dirigent les Etats-Unis.
« Pour l’UE, la question est existentielle, estime Elvire Fabry, chercheuse au sein de l’Institut Jacques Delors, dans un rapport qui analyse divers scénarios potentiels pour le futur des relations UE-Chine. Dans un monde remodelé par la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, l'Europe a choisi de se désengager de sa forte dépendance à l'égard de produits essentiels, notamment en provenance de Chine ».
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