L’impact économique du blocage du détroit d’Ormuz se précise

□ L'étendue des dégâts, après 15 semaines de conflit □ Le coût du Brexit pour le commerce international □ Économie circulaire et souveraineté industrielle □ Comment les multinationales perçoivent le risque géopolitique

BLOCS
4 min ⋅ 24/06/2026

BLOCS#95 Bonjour, nous sommes le mercredi 24 juin et voici le quatre-vingt-quinzième épisode de votre éclairage sur l’actualité du commerce international. Suivez-nous sur LinkedIn.


Super-bloc

Quinze semaines après le début du conflit, et malgré une récente accalmie, les conséquences globales du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran se font de plus en plus claires, comme le relate l’assureur Coface dans son « Risk review » trimestrielle. Analyse.

Le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio. © FlickR

PASSE D’ARMES □ La situation reste confuse autour du sort du détroit d’Ormuz, bloqué depuis le début du conflit entre l’Iran et les États-Unis, il y a 15 semaines, et où 145 navires en mai contre plus de 3300 un an plus tôt.

Hier, peu après qu’Oman et l’Iran avaient annoncé, dans un communiqué commun, leur volonté de se pencher sur les « coûts » des services associés à la future administration du détroit d'Ormuz, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a réaffirmé que Washington n’accepterait pas que soit ponctionné des « péages ou des redevances » pour emprunter ce passage-clé du commerce international.

Malgré cette nouvelle passe d’armes, la situation semble plutôt à l’accalmie, ces derniers temps, avec l’accord de cessez-le-feu signé mi-juin par Washington et Téhéran, puis le lancement, cette semaine, par l’Organisation maritime internationale, d’un plan d’évacuation des 11 000 marins bloqués dans la région du Golfe à cause de la fermeture du détroit.

«Cette accalmie ne doit pas occulter l’essentiel : la durée et l’intensité du conflit, largement supérieures aux anticipations initiales, ont profondément désorganisé une zone clé de l’économie mondiale », estime toutefois l’assureur Coface, dans son évaluation trimestrielle des risques pays et risques secteurs au niveau mondial.

LA LIMITE DES STOCKS □ Un exercice aux résultats alarmant : Coface a procédé à 8 déclassements de pays et 45 modifications d’évaluations secteurs (41 déclassements, pour 4 reclassements seulement). Le spécialiste de la gestion du risque de crédit commercial révise par ailleurs à la baisse ses prévisions de croissance à 2,3% pour 2026 et 2,5% pour 2027 soit 0,6 point sur deux ans.

« Jusqu’ici, l’économie mondiale a absorbé le choc, notamment grâce aux stocks préalablement constitués et à un ajustement de la demande. Mais cette phase atteint ses limites. Les arrêts de production dans certains secteurs, les pressions inflationnistes, le durcissement des conditions financières en sont les premiers marqueurs, alors que les marges de manœuvre des Etats pour soutenir l’activité et les revenus sont extrêmement faibles », analysent encore les économistes de Coface.

La quasi-fermeture du détroit, qui a produit des effets rapides et concrets dans les secteurs des hydrocarbures ou encore des engrais et du plastique (BLOCS#91), est ainsi en train d’affecter l’économie mondiale dans son ensemble.

CONSÉQUENCES VARIÉES □ « Les entreprises signalent déjà des délais de livraison allongés, des coûts en hausse et des signes précurseurs de pénuries, les incitant à constituer des stocks de précaution au prix d’une pression accrue sur la trésorerie et les marges, relate Coface. Dans ce contexte, les défaillances d’entreprise devraient continuer de progresser cette année (+6% au niveau mondial), parfois vigoureusement dans certains pays (notamment les États-Unis, la France et la Japon) ».

Dans le détail, les conséquences diffèrent sensiblement en fonction des régions. Alors que les pays du Golfe sont les plus directement impactés par le blocage, l’Europe subit une baisse de sa demande intérieure suscitée par la hausse des prix de l’énergie et l’incertitude prolongée. Du côté des États-Unis, c’est l’inflation qui repart à la hausse (de 2,4% en février à 4,2% en mai).

« Le nombre inédit de 41 déclassements sectoriels, répartis dans 19 pays souligne l’impact global d’un conflit dont les conséquences sur les flux commerciaux et la rentabilité des entreprises vont continuer de peser dans les mois à venir », souligne Jean-Christophe Caffet, chef économiste de Coface.


Les recommandations de BLOCS


John Springford et Anton Spisak, chercheurs britanniques du CER, quantifient pour la première fois le coût du Brexit pour les échanges commerciaux, dix ans après le referendum, dans une étude publiée le 18 juin par le Centre for European Reform. L’objectif de l’étude est d’informer les décideurs politiques, à l’heure où plusieurs partis se positionnent pour un rapprochement de l’UE, qui se matérialiserait par la réintégration de l’union douanière. Si les auteurs reconnaissent que cette option serait plus acceptable politiquement qu’un retour complet dans l’UE, ils soulignent que la majorité des pertes du Royaume-Uni dans ses exportations et ses importations avec l’UE sont dues à la sortie du marché unique, et non de l’union douanière. Reconstruire des relations avec le continent sera coûteux, mais le statu quo l’est aussi, concluent les chercheurs.

Dans un post de blog publié le 10 juin par l'Institut Jacques Delors, Sofia Fernandes, directrice adjointe du think tank, rend compte d’une table ronde organisée avec la Macif sur le thème de l’économie circulaire. Principal message délivré par les intervenants, tous trois spécialistes du sujet : l’économie circulaire devrait cesser d'être cantonnée au champ environnemental pour devenir un levier central de souveraineté industrielle européenne. Face aux restrictions chinoises sur les minerais critiques et à la volatilité des chaînes d'approvisionnement, le réemploi, la réparation et le recyclage deviennent des facteurs stratégiques de compétitivité, ont-ils aussi estimé unanimement. Cependant, la réussite de ce modèle reste conditionnée à un fort soutien des États, tant par le cadre réglementaire que par des investissements financiers, rappelle l’autrice en conclusion.

Dans une étude publiée en mai 2026 par l'IFRI, Thomas Gomart, directeur de l'Institut, et Lucie Mielle, chargée de mission, cartographient le risque géopolitique tel que le formulent les 100 premières capitalisations boursières mondiales. Leur thèse : ce risque n'est ni uniforme ni exogène — il obéit à une double géographie, celle du siège et celle des opérations. Les entreprises américaines y voient une menace à leur hégémonie, les européennes une érosion de l'État de droit, les chinoises s'alignent sur le Parti, tandis que les indiennes y lisent une opportunité structurelle. En conclusion, les deux auteurs reviennent sur deux points majeurs : la considération du changement climatique comme un risque de moyen à long terme, qui amenuise sa prise en compte, et le potentiel qu’a l’IA pour amplifier les fractures géopolitiques entre acteurs économiques.


Cette édition a été préparée par Mathieu Solal, Sophie Hus-Solal et Jacques Descour.

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Par Mathieu Solal

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